Ces musulmans qui sont favorables à l’interdiction de la burqa

En Suisse, en comptant également les mineurs, il y a environ 500’000 musulmans. Parmi eux, selon le site «migraweb», seuls 15% seraient pratiquants et fréquenteraient les mosquées.

Comme la plupart des mosquées, non seulement en Suisse mais dans toute l’Europe, sont gérées par des courants religieux intégristes misogynes (salafistes, wahhabites et Frères musulmans) qui promeuvent activement toutes sortes de dissimulations de la femme, il faut croire que l’initiative «antiburqa», sur laquelle on votera le 7 mars, n’est pas la bienvenue dans ces milieux. En fait, l’initiative entrave la stratégie d’utilisation des femmes voilées comme bannière pour rendre visible dans l’espace public la progression de l’islamisme.

« Un symbole agressif »

Mais, en dehors de ces franges islamistes, il semblerait que la grande majorité des musulmans vivant dans notre pays n’aiment pas le voile intégral qui, comme le prétend la musulmane zurichoise d’origine tunisienne Saïda Keller-Messahli (fondatrice et présidente du Forum suisse pour un islam progressiste), «n’a rien à voir avec la religion et est absolument inacceptable parce que, comme toutes sortes de voiles promus dans l’islam, propage l’idée discriminatoire que le corps de la femme est indécent et une source de péché pour l’homme”. Pour elle, le voile intégral est un symbole de l’islam politique: un symbole agressif non seulement envers la société démocratique suisse, mais aussi envers les femmes musulmanes.

Certains craignent que si l’initiative est acceptée, les musulmans de Suisse se sentent rejetés et stigmatisés. Mais dans une interview publiée dans Le Temps, le 28 janvier dernier, cette musulmane, qui dénonce courageusement la propagation croissante de l’islamisme dans les mosquées suisses depuis plusieurs années, a répondu que «99,9% des musulmans ne sont pas favorables au voile intégral». Eh bien, peut-être qu’elle a exageré un peu, mais elle voulait dire que certaines craintes sont infondées et que la grande majorité des musulmans sont bien intégrés et ne se sentent certainement pas stigmatisés par l’interdiction d’un morceau de tissu qui a  un sens misogyne et sexiste.

Seules trois voix pour briser le silence

On pourrait alors se demander pourquoi ces nombreux musulmans modérés ne saisissent pas l’occasion de briser le silence et de soutenir ouvertement l’initiative. Jusqu’à présent, à ma connaissance, seuls trois d’entre eux – sur un demi-million – l’ont fait: Saïda Keller-Messahli, le Biennois d’origine algérienne Mohamed Hamdaoui (un socialiste élu il y a quelques années au Grand Conseil de Berne puis passé au PDC fin 2018 pour des dissensions idéologiques avec le PS) et l’imam de Berne Mustafa Memeti

Les “idiots utiles” du PS et des Verts

De l’autre coté, pour soutenir indirectement les islamistes, il y a les “idiots utiles” du PS, des Verts et du PLR et surtout les féministes rouges-vertes, qui considèrent l’initiative comme «raciste, populiste, discriminatoire et islamophobe».

«Ces slogans – note Saïda Keller-Messahli dans Le Tempsmontrent que la gauche n’a pas d’arguments à faire valoir et n’a pas le courage d’admettre qu’en l’occurrence, un comité de droite a soulevé des questions légitimes qu’elle aurait dû soulever elle-même».  Et elle a ajouté qu’elle était « déçue de voir des combattantes de l’égalité fermer les yeux sur le niqab de peur de se faire accuser  d’islamophobie». 

Encore plus sévère, le député Mohamed Hamdaoui, avait déclaré dans une interview publiée le 14 avril 2018 dans Le Temps – quand il militait encore avec les socialistes -, qu’il trouvait «très plausible» que l’opposition du PS à cette initiative était justifiée par le fait qu’elle avait été lancée par un comité proche de l’UDC. «Je suis persuadé, avait-t-il ajouté, que la gauche est en partie responsable de la montée de l’islamisme en Occident, car au motif d’éviter de favoriser la montée de l’extrême droite, elle a évité d’ouvrir un débat de fond sur ce phénomène. Et de cette façon, elle risque de perdre sur les deux tableaux  parce que, d’une part, l’extrême droite ne cesse de progresser et d’autre part, ce débat sur l’islam est plus  présent que jamais dans la population».  Pour Hamdaoui le voile intégral est “une saloperie ambulante” (écoutez le débat à la radio du 2 février 2021, minute 8’14’’ : https://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/le-debat-interdiction-de-se-dissimuler-le-visage-quen-pensent-les-musulmans-?id=11925446) .

De son côté, l’imam Mustafa Memeti a indirectement donné une autre estocade aux féministes rouges-vertes dans une interview publiée ces derniers jours dans Der Bund, où il a réaffirmé que la burqa n’avait rien à voir avec la religion islamique et a ajouté que « l’initiative était une sorte de bouée de sauvetage pour l’émancipation des femmes dans l’islam».

La Ligue des musulmans du Tessin n’est pas pour l’émancipation des femmes

Au Tessin, les  représentants de cette religion n’ont pas démontré le même esprit moderne et laïque. En 2013, peu avant le vote sur l’initiative anti-burqa approuvée le 22 septembre par 65,4% des Tessinois, l’imam de la Ligue des musulmans, Samir Jelassi Radouan, avait déclaré (Le Temps du 10 septembre 2013) que l’initiative était «irresponsable et extrémiste» parce qu’elle «encourageait l’islamophobie en mettant en danger la paix sociale et religieuse», réaffirmant alors  que l’islam était une « religion de paix » et que la peur d’une islamisation de la Suisse était insensée. Pour sa part, le président de la même association, Slaheddine Gasmi, avait déclaré au Wall Street Journal (le 19 septembre 2013), que  l’initiative «était une attaque contre l’islam». 

Giorgio Ghiringhelli

(promoteur de l’initiative tessinoise “antiburqa”)