Défendons les acquis de la lutte pour les droits de la femme

par Barbara Steinemann, conseillère nationale ZH, membre du comité d’initiative

(les paroles prononcées font foi)

En 2016, les forces soutenues par les États-Unis d’Amérique sont finalement entrées dans la ville de Manbij, dans le nord de la Syrie, pour libérer les habitants qui s’y trouvaient encore de la tyrannie de l’État islamique. Des vidéos ont rapidement fait le tour des médias sociaux, qui montraient des musulmanes brûlant ostensiblement leur burqa et leur niqab et des hommes se rasant la barbe.

En brûlant leur niqab, les courageuses femmes de Manbij ont non seulement détruit un symbole dont le port leur avait été imposé durant plusieurs années, mais elles ont également réfuté l’affirmation des libéraux et des féministes d’Occident, selon laquelle ce serait volontairement que les musulmanes s’affublent (ou se laissent affubler) d’un sac hideux. Pourquoi certaines musulmanes devraient-elles vouloir se promener tel un fantôme anonyme tandis que toutes les autres femmes font chauffer leur carte de crédit pour acheter des vêtements chics, aller chez le coiffeur et pour des soins de beauté, afin de mettre leur féminité en valeur ?

Non seulement nombre d’États européens autour de nous ont sans autre forme de procès interdit les linceuls noirs, mais certains pays musulmans les ont expressément interdits au motif de lutter contre l’islam radical. Dans les faits, partout où les fondamentalistes ont pris le pouvoir, les femmes ont été défigurées : en Afghanistan par les talibans ou en Arabie Saoudite ou au Yémen. Le voile intégral devient ainsi l’étendard du fanatisme politique.

Le niqab et la burqa sont des instruments politiques qui symbolisent à la fois la volonté d’auto-ségrégation des musulmans les moins modérés dans les sociétés européennes et l’infériorité des femmes. Les voiles intégraux munis de grilles pour les yeux privent les femmes de toute individualité et entravent gravement leur liberté de mouvement. Ils sont profondément dégradants, ils sont une gifle à la face de toute personne – y compris des hommes, car sous-tendus par l’idée que ceux-ci se jetteraient tels des animaux sur toute femme dont ils aperçoivent ne serait-ce qu’un cheveu ou un bout de peau.

Le niqab et la burqa nient les acquis des Lumières, de même que ceux des mouvements des femmes, et ils moquent toutes les valeurs pour lesquelles la civilisation occidentale a lutté au cours des derniers siècles. L’affirmation selon laquelle l’interdiction de la burqa en Suisse entraînerait l’enfermement des femmes dans leurs quatre murs est totalement déconcertante. Elle figure même dans le message du Conseil fédéral. Les services officiels appuient ainsi l’idée qu’en Suisse, les femmes doivent être unies à l’homme par les liens du mariage et qu’elles n’ont le droit de sortir de chez elles qu’à condition de s’être préalablement défigurées parce que le patriarche l’exige.

En Suisse, plusieurs générations de femmes ont acquis de haute lutte l’égalité des droits. Aujourd’hui, les bureaux de l’égalité, les féministes et les adorateurs du multiculturalisme détournent avec embarras le regard dès qu’il est question de minorités à ménager. Il est plus facile d’accuser les « vieux hommes blancs » de misogynie structurelle et de dénoncer les hommes suisses pour des choses bien plus inoffensives. Les initiants sont moqués avec condescendance : « Depuis quand la droite se préoccupe-t-elle des droits des femmes ? », entend-on dire.

« Les initiants se moquent éperdument des droits des femmes : leur parcours politique le démontre », peut-on lire sur la page d’accueil du Parti socialiste. Qu’il est facile d’affirmer cela ! Personne n’est indifférent aux droits des femmes. Ce n’est pas parce qu’ils ne s’occupent pas de langage épicène, de toilettes unisexes et de quotas de femmes pour des postes grassement rémunérés que les initiants seraient indifférents au fait que des femmes soient ainsi « tenues » dans notre pays.

Les femmes concernées ne sont pas simplement voilées : elles sont contrôlées, opprimées, tenues prisonnières. Parler de liberté personnelle en lien avec le niqab et la burqa est quelque peu cynique. En règle générale, les femmes en question n’ont pas de revenus propres et ne sont pas en mesure de s’affirmer réellement. Les organisations de défense des droits de la femme et des droits humains gardent un silence gêné sur le sujet. L’impuissance de la Suisse officielle face à ce problème est révélée dans une petite phrase du message du Conseil fédéral : « On ne peut au demeurant exclure que l’initiative ait des effets négatifs sur la cohésion sociale et qu’elle conduise à exclure purement et simplement certaines femmes de l’espace public. » Quel constat d’échec pour notre politique d’immigration.

Un contre-projet pour la galerie

C’est uniquement pour des raisons de fédéralisme que le Conseil fédéral a décidé de rejeter l’initiative populaire et a présenté un contre-projet indirect. Celui-ci prévoit, d’une part, qu’une personne est tenue de montrer son visage au représentant d’une autorité suisse et, d’autre part, rend punissable toute contrainte exercée à l’encontre d’une personne pour qu’elle se dissimule le visage en public ou en privé.

Ce contre-projet exige deux choses qui sont déjà valables, mais il ne contient rien qui soit susceptible d’affaiblir l’initiative populaire, ce qui devrait en principe être le but d’un contre-projet indirect. Aujourd’hui déjà, une femme portant une burqa doit laisser des fonctionnaires et les autorités vérifier son identité, que ce soit dans le train, dans le bus, lors de l’enregistrement à l’aéroport ou, en particulier, dans les locaux des différents services de l’État. Et contraindre une femme à entrer dans une Migros intégralement voilée est aujourd’hui déjà punissable.

Dans ces cas, l’État devrait réagir en retirant l’autorisation de séjour et non en multipliant les réglementations et les structures de conseil. Et il faut enfin admettre qu’une peine pécuniaire ou de prison avec sursis, comme notre droit pénal laxiste en prévoit, n’impressionne nullement le patriarche qui impose le port du voile intégral dans sa famille.

Barbara Steinemann, conseillère nationale