L’interdiction de la burqa et les touristes arabes

par Giorgio Ghiringhelli, membre du comité d’initiative

(les paroles prononcées font foi)

Les opposants à l’initiative contre la dissimulation du visage, qui sera mise en votation le 7 mars, ne savent plus quoi inventer pour convaincre les citoyens et les citoyennes suisses à voter contre. Ils savent très bien que le voile islamique intégral couvrant le visage (burqa ou niqab) ne plaît pas à la grande majorité des habitants de notre beau pays, y compris les quelque 500 000 musulmans (ils étaient 12 000 en 1970…). Et alors ils essayent de les convaincre que si l’initiative est acceptée, les riches touristes des pays du Golfe persique déserteraient la Suisse et iraient en vacances ailleurs, causant de graves pertes financières au secteur du tourisme et à notre économie.

Les valeurs comptent plus que l’argent

En supposant que ce soit vrai, les Suisses auraient une bonne occasion de montrer que, lorsqu’il y a des valeurs importantes à défendre, comme l’égalité des sexes, ces valeurs doivent primer sur l’argent. Mais les craintes propagées par les opérateurs touristiques qui ne se soucient que de l’argent, ou par ceux qui défendent, pour des raisons idéologiques, la soi-disant « liberté » de porter la burqa, sont en tout cas infondées.

Nous en avons eu la preuve dès 2009, lorsque les Suisses avaient accepté l’initiative contre la construction des minarets. Déjà alors, les oiseaux de mauvais augure prédisaient que les touristes arabes ne viendraient plus jamais en Suisse. Mais, au contraire, non seulement leur nombre n’a pas diminué, mais il a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Parce que la Suisse est un pays trop beau et parce que les riches touristes arabes savent s’adapter à ses lois et apprécient ses paysages, sa propreté et ses marchandises de qualité.

Les touristes arabes apprécient l’interdiction de la burqa au Tessin

Au Tessin, où l’interdiction de la burqa est entrée en vigueur le 1er juillet 2016, le nombre de touristes arabes a d’abord légèrement augmenté par rapport aux 17 203 enregistrés en 2015, puis il a lentement diminué au cours des trois années suivantes. Il faut dire toutefois que les touristes arabes (13 195 en 2019) ne représentent qu’un peu plus de 1 % des touristes qui visitent le Tessin chaque année (1 110 128 en 2019), et donc, d’un point de vue purement statistique, la faible baisse enregistrée a très peu d’incidence sur l’ensemble des chiffres et peut dépendre de divers facteurs transitoires.

Ce qui doit être mis en évidence, c’est que même après l’introduction de l’interdiction du voile intégral, la grande partie des touristes arabes qui visitaient le Tessin continuent à le faire et pratiquement tous respectent sans problème l’interdiction. D’ailleurs, l’ambassade d’Arabie saoudite en Suisse avait invité ses concitoyens via un message publié sur Twitter (https://francais.rt.com/international/21993-lambassade-darabie-saoudite-rappelle-loi) à respecter la loi tessinoise afin de ne pas causer de problèmes : exactement comme les touristes suisses doivent le faire lorsqu’ils se rendent dans les pays musulmans.

Dans l’édition du 11 septembre 2016 du journal Le Matin dimanche, la présidente zurichoise du Forum pour un islam progressiste, Saïda Keller-Messahli, avait déclaré que plusieurs touristes saoudiennes qu’elle avait rencontrées lui avaient confié que la possibilité de se promener dans l’espace public au Tessin à visage découvert avait été une expérience très agréable pour elles.

« Découvrez la Suisse à visage découvert »

Beaucoup de ces pauvres femmes qui, dans leur pays, sont obligées de porter le voile intégral tout au long de leur vie ont donc apprécié la « liberté provisoire » dont elles ont pu bénéficier au Tessin grâce, justement, à une interdiction. Et nous, les Suisses, hommes et femmes, qui depuis quelques mois sommes obligés de porter un masque sanitaire en raison de la pandémie de coronavirus, pouvons bien comprendre leur joie.

Ainsi, une interdiction générale du voile intégral dans toute la Suisse pourrait mettre à l’épreuve la créativité et la fantaisie de nos opérateurs touristiques qui, au lieu de pleurnicher, pourraient lancer des campagnes publicitaires (par exemple : « Découvrez la Suisse à visage découvert ! ») destinées aux femmes arabes désireuses d’expérimenter l’émotion de se promener dans l’espace public sans devoir se couvrir le visage. Et cela pourrait aussi aider les touristes musulmanes à s’émanciper dans leur propre pays.

La loi doit être la même pour tous

Certains disent que l’initiative aurait au moins pu prévoir des exceptions pour les touristes, et pas seulement pour des raisons de santé, de sécurité, de conditions climatiques et de coutumes locales. Ils soutiennent que ça n’a aucun sens d’intégrer dans notre modèle de société ouverte les touristes qui ne résident pas en Suisse. Mais ils oublient que l’objectif principal de l’initiative n’est pas de faciliter l’intégration des femmes musulmanes qui veulent porter le voile intégral ou qui sont obligées de le faire (ce ne serait, en fait, qu’une conséquence positive), mais bien de défendre notre civilisation en stoppant la propagation d’un symbole islamiste d’oppression des femmes, qui menace les conditions du « vivre-ensemble » et qui porte atteinte à la protection des droits et des libertés de ceux qui, dans notre société démocratique, veulent vivre à visage découvert.

Ce choix de société serait compromis si des milliers de touristes musulmanes pouvaient se déplacer librement dans notre pays le visage couvert, créant ainsi davantage encore d’extrêmes difficultés d’application de l’interdiction, et provoquant une disparité de traitement avec les femmes musulmanes résidant en Suisse. La loi doit être la même pour tous.

Giorgio Ghiringhelli