Vote sur la burqa: le Parlement n’a pas suivi le bon exemple français (et tessinois)

L’interdiction de se dissimuler le visage en public, qui sera mis en votation en Suisse le 7 mars 2021, est en petite partie seulement une mesure de sécurité mais c’est surtout un choix de civilisation nécessaire pour sauvegarder l’exigence minimale de la relation sociale et du «vivre ensemble». Cette interdiction ne porte donc pas atteinte aux Droits de l’homme, comme l’avait d’ailleurs jugé la Cour européenne des Droits de l’homme en 2014, en exprimant son avis sur la loi française contre la dissimulation du visage dans l’espace public, loi entrée en vigueur le 11 avril 2011.

Malheureusement, le Conseil fédéral et la majorité du Parlement n’ont pas compris, ou n’ont pas voulu comprendre, ce concept simple, et au nom du “politiquement correct”, ils n’ont pas eu le courage de soutenir l’initiative populaire. Au lieu de cela, ils ont décidé d’approuver un contre-projet indirect ridicule  (qui ne sera pas mis en votation, et qui n’entrerait en vigueur que si l’initiative était rejetée), selon lequel   l’obligation de montrer son visage n’entrerait en fonction que lorsqu’un fonctionnaire fédéral ou cantonal le demande, pour vérifier l’identité d’une personne.

Cette mesure ne ferait que chatouiller le projet des fanatiques islamistes d’islamiser lentement notre pays, en utilisant dans ce même but des femmes voilées. Et, comme ce fut le cas en 2009, avec le vote contre la construction de minarets, il faut espérer que le résultat de la votation du 7 mars démontrera le décalage entre la population et les autorités fédérales qui sont censées la représenter.

Un contre-projet ridicule

Ce contre-projet ridicule montre que nos autorités fédérales n’ont pas compris le nœud du problème. À l’époque, le gouvernement français avait examiné la possibilité de n’introduire que des interdictions partielles concernant la dissimulation du visage, en les limitant à certains endroits, à certaines périodes ou à l’utilisation de certains services. Mais pour finir, le gouvernement de l’Exagon avait décidé de proposer une interdiction générale, expliquant que l’option d’une interdiction partielle avait été rejetée « parce qu’une telle démarche, outre qu’elle se heurterait à d’extrêmes difficultés d’application ne constituerait qu’une réponse insuffisante, indirecte et détournée au vrai problème ».

Il est vrai que le nouvel article constitutionnel proposé par l’initiative populaire ne mentionne pas spécifiquement le voile intégral islamique, mais même des ânes auraient compris que c’est bien cela la cible principale, comme en témoignent les affiches publicitaires en faveur de l’initiative, appellée aussi “initiative antiburqa”. À cet égard, il est utile de souligner que le texte constitutionnel proposé par l’initiative fédérale a repris le même texte que le peuple tessinois avait déjà approuvé en 2013, à la seule différence que les exceptions à l’interdiction ont été incluses dans le texte fédéral, afin d’empêcher le Parlement d’étendre ces exceptions dans la future loi d’application en les étendant, par exemple, aux touristes. Le texte constitutionnel approuvé par le peuple tessinois avait, pour sa part, été copié sur la loi française. Même dans cette loi, il n’y avait pas de référence explicite au voile intégral, ceci pour empêcher les juges d’infirmer la loi comme étant «discriminatoire» à l’égard des femmes musulmanes. 

Le cible déclaré du Gouvernement français était le voile intégral

C’est pourquoi en France, et par conséquent en Suisse, on a sagement opté pour une interdiction générale de dissimuler son visage, interdiction valable pour les femmes et les hommes de toute religion. Mais le gouvernement français, dans son rapport accompagnant le projet de loi, avait été très explicite en expliquant que la véritable cible de l’interdiction était le voile intégral. Pour le gouvernement français, sa propagation devait être bloquée, même si le phénomène était encore limité, et cela non seulement dans l’intérêt des femmes directement impliquées (même celles qui se couvraient volontairement le visage), mais aussi dans l’intérêt  de toute la société qui était concernée  par la violence symbolique et déshumanisante du voile intégral.

Le rapport établi il y a une dizaine d’années par le gouvernement français conserve encore toute sa validité et les arguments avancés pour justifier l’interdiction tombent à propos pour soutenir l’initiative populaire sur laquelle les Suisses devront bientôt s’exprimer. C’est pourquoi je pense faire quelque chose d’utile en proposant ci-dessous des extraits de ce rapport, qu’on ne peut certainement pas accuser d’avoir été écrit par des islamophobes, racistes ou misogynes. C’est un texte basé sur le bon sens: ce même bon sens qui, malheureusement, a manqué à nos pusillanimes autorités fédérales et aux partis représentés au Parlement (à l’exception de l’UDC et de la Lega dei ticinesi), qui n’ont pas eu le courage de se manifester, de peur de déranger les islamistes, et qui ont préféré se soumettre à la charia…

Giorgio Ghiringhelli (*)

(*) membre du comité de l’initiative fédérale et  promoteur de l’initiative constitutionelle “antiburqa” lancé au Tessin en 2011

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Voici le rapport du Gouvernement français sur la loi “antiburqa”

en vigueur en France depuis le 11 avril 2011

« La France n’est jamais autant elle-même, fidèle à son histoire, à sa destinée, à son image, que lorsqu’elle est unie autour des valeurs de la République : la liberté, l’égalité, la fraternité. Ces valeurs sont le socle de notre pacte social ; elles garantissent la cohésion de la Nation ; elles fondent le respect de la dignité des personnes et de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Ce sont ces valeurs qui sont aujourd’hui remises en cause par le développement de la dissimulation du visage dans l’espace public, en particulier par la pratique du port du voile intégral.

Cette question a donné lieu, depuis près d’un an, à un vaste débat public. Le constat, éclairé par les auditions et le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale, est unanime. Même si le phénomène reste pour l’instant limité, le port du voile intégral est la manifestation communautariste d’un rejet des valeurs de la République. Revenant à nier l’appartenance à la société des personnes concernées, la dissimulation du visage dans l’espace public est porteuse d’une violence symbolique et déshumanisante, qui heurte le corps social.

L’édiction de mesures ponctuelles a été évoquée, qui se traduiraient par des interdictions partielles limitées à certains lieux, le cas échéant à certaines époques ou à l’usage de certains services. Une telle démarche, outre qu’elle se heurterait à d’extrêmes difficultés d’application ne constituerait qu’une réponse insuffisante, indirecte et détournée au vrai problème.

Si la dissimulation volontaire et systématique du visage pose problème, c’est parce qu’elle est tout simplement contraire aux exigences fondamentales du « vivre ensemble » dans la société française.

La défense de l’ordre public ne se limite pas à la préservation de la tranquillité, de la salubrité ou de la sécurité. Elle permet également de prohiber des comportements qui iraient directement à l’encontre de règles essentielles au contrat social républicain, qui fonde notre société.

La dissimulation systématique du visage dans l’espace public, contraire à l’idéal de fraternité, ne satisfait pas davantage à l’exigence minimale de civilité nécessaire à la relation sociale.

Par ailleurs, cette forme de réclusion publique, quand bien même elle serait volontaire ou acceptée, constitue à l’évidence une atteinte au respect de la dignité de la personne. Au reste, il ne s’agit pas seulement de la dignité de la personne ainsi recluse, mais également de celle des personnes qui partagent avec elle l’espace public et se voient traitées comme des personnes dont on doit se protéger par le refus de tout échange, même seulement visuel.

Enfin, dans le cas du voile intégral, porté par les seules femmes, cette atteinte à la dignité de la personne va de pair avec la manifestation publique d’un refus ostensible de l’égalité entre les hommes et les femmes, dont elle est la traduction.

(…)

La pratique de la dissimulation du visage qui peut au surplus être dans certaines circonstances un danger pour la sécurité publique, n’a donc pas sa place sur le territoire de la République. L’inaction des pouvoirs publics témoignerait d’un renoncement inacceptable à défendre les principes qui fondent notre pacte républicain.

C’est au nom de ces principes que le présent projet de loi prévoit d’inscrire dans notre droit, à l’issue d’un indispensable temps d’explication et de pédagogie, cette règle essentielle de la vie en société selon laquelle « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ».